Ma première colocation ou la pire expérience de ma vie

Aujourd’hui, ce n’est pas de voyage dont j’ai envie de vous parler, mais de colocation. Rien à voir, et ça n’a sans doute pas sa place ici, mais j’avais besoin de partager mon histoire, ou du moins de la mettre par écrit. Pour me libérer d’une part, mais aussi pour aider certaines et certains qui pourraient avoir vécu -ou être en train de vivre- la même chose à se sentir moins seul(e).

L’année dernière, en septembre 2017, j’emménage avec mes deux meilleurs amis. Ça faisait plusieurs mois qu’on y réfléchissait, qu’on voulait partir de chez nos parents, et honnêtement, à cette époque je pensais que si je devais me mettre en coloc, ce serait avec eux et personne d’autre. Pourtant, j’avais été prévenu : « C’est à double-tranchant d’habiter avec ses meilleurs potes », « T’es sûre que tu les connais assez pour savoir que ça va bien se passer ? », « Une fille avec deux mecs, tu vas te taper tout le ménage ! ». Et à ces avertissements je répondais : « Je les connais depuis le lycée, on est partis plusieurs fois en vacances ensemble, je sais comment ils sont, je sais que ça fonctionnera ». Mon erreur a été de croire que partir en vacances avec des potes, c’était comme vivre avec eux au quotidien. 11/10 pour la naïveté… Au quotidien, chacun a sa vie, ses études, son boulot, on est bien loin de l’ambiance cocktails et cocotiers. Et signer un bail d’un an avec quelqu’un, ça n’a rien à voir avec louer un Airbnb pour une semaine. Bref, j’étais super excitée et j’étais prête à vivre la meilleure année de ma vie, mais -spoiler alert- ç’a été la pire.

On avait beaucoup discuté en amont pour se mettre d’accord sur notre vision de la coloc, on voulait tous les trois que ça se passe le mieux possible. Mais le problème, ce que nous n’avons jamais été trois. Vous voyez, mes amis -et maintenant colocs- sont super proches d’un mec de trois ans notre cadet que j’avais vu deux ou trois fois durant l’été. Et ce mec (que j’appellerais sobrement « le troisième ») était là de l’emménagement jusqu’à la fin de la coloc. Au début, c’était juste qu’il préférait être avec ses potes plutôt que chez lui, il vivait une période difficile. C’est pour ça que j’ai accepté sa présence, chaque soir. Et c’est en partie pour ça que j’ai dit oui, quand il a demandé fin septembre s’il pouvait emménager chez nous. À partir de cet instant, j’ai voulu tout faire pour le mettre à l’aise, pour qu’il se sente intégré. Seulement, il l’était déjà très bien. Comment vous expliquer… Ces trois garçons entretiennent une amitié très particulière. Je pense qu’il faut le voir pour comprendre. Ils ont chacun une forme d’admiration les uns envers les autres, et ils en jouent beaucoup. Vous savez, ça se complimente les muscles -inexistants- à longueur de journée, ça reprend les expressions des uns et des autres… Et puis, ce qui a le plus choqué tous les gens qui sont venus chez nous : ils sont très tactiles. Mais vraiment. Voilà, exactement comme vous imaginez. Ils font toujours tout ensemble, ils ont les mêmes centres d’intérêts (le foot, la Play, le foot, les filles, et le foot), la même façon d’être parce qu’ils s’imprègnent les uns des autres, et le plus malsain dans tout ça, c’est qu’ils ne se tirent pas du tout vers le haut. Pour eux, un bon ami, c’est quelqu’un qui sera là pour vous offrir un toit si ça ne va pas, quelqu’un qui paye son MacDo, quelqu’un qui vous invite à manger chez ses parents les dimanches midis. Par contre, dès qu’il y a un problème entre eux, le mieux qu’ils puissent faire, c’est en parler par messages tout en étant dans la pièce d’à côté. Ou alors, on en parle dans son dos. C’est au choix, mais il y a une nette préférence pour la deuxième option. Et puis question conversations profondes et aide au développement de l’autre, y a personne. Enfin, vous voyez le genre d’immaturité et d’amitié malsaine. Et au final, c’était à moi de me faire une place dans tout ça. Alors autant vous le dire tout de suite, c’était impossible. Déjà parce que je ne partageais pas leurs centres d’intérêts, ensuite parce que je suis une fille, et enfin parce qu’à eux trois, ils formaient un clan impénétrable. Honnêtement, la présence du troisième y était pour beaucoup. Parce qu’à deux, mes amis n’étaient pas comme ça. C’est comme si ce mec avait une mauvaise influence sur eux, comme si son côté asociale déteignait sur eux. Parce que oui, il n’aime pas vraiment les gens, le troisième. Il ne veut pas rencontrer d’autres personnes, il veut juste rester avec ses potes. Du coup, très compliqué pour moi de pouvoir inviter des amis. Ou alors, ils restaient dans la chambre et sortaient à peine pour dire bonjour. Alors vous devez peut-être vous demander où dormait le troisième, puisque c’était un appartement avec trois chambres. Et bien, l’un de mes potes a accepté de partager sa chambre -et son lit- avec lui. Les gens qui venaient ne comprenaient pas, mais c’est juste normal pour eux, c’est leur vision de l’amitié. Vous comprenez un peu mieux le type de relation ?

Bref, c’était moi qui était à l’écart, surtout à cause de ce troisième qui s’était imposé (malgré lui) dans ma vie. Imaginez-vous être avec ces trois freluquets, et que l’un des trois -je vous laisse deviner le quel- ne vous adresse pas la parole, ne vous regarde pas quand vous lui parlez, réponds à la question que VOUS lui avez posé en regardant quelqu’un d’autre… Plutôt désagréable hein ? Et que ceux qui sont censés être vos amis ne réagissent pas. Et ça, tous les soirs, pendant des mois. Ouais, y a de quoi se sentir exclue. Malgré ça j’ai prêté mon ordinateur quand ils voulaient regarder des matchs, j’ai subi des soirées avec cris et piano jusqu’à 4h du matin alors que je bossais le lendemain, j’ai fais la plupart des corvées sans rien dire, je me suis impliquée (toute seule) dans la déco d’un appart où j’étais… Bah, j’étais rien, en fait. Je n’étais même pas visible. Au mieux, j’étais la femme de ménage. Et puisque je commençais à en avoir de marre de me voir comme une sous-merde, j’ai essayé de me comporter en adulte avec un enfant. J’ai tenté le dialogue. Sur le coup ça s’excuse, mais surtout ça se trouve des excuses, ça remet un chouia la faute sur les autres, ça promet des efforts… Mais deux semaines plus tard, les efforts sont oubliés. Même pas le temps de retrouver un peu d’estime de soi. Et donc, tout logiquement, j’ai prêté de l’argent à cette personne. Oui oui oui, et puis je lui ai même avancé 6 mois de loyer ! On me met combien pour la naïveté cette fois ? Argent qu’il ne m’aura jamais totalement remboursé (bah oui, tous les mois il avait un problème différent), mais que son compagnon de chambre aura accepté de faire à sa place. Je précise juste qu’il nous devait à tous les trois une part de loyer par mois, et que je suis la seule à ne pas avoir eu cette part 6 mois durant. Moi ? M’être fait prendre pour une conne ? Noooon.

En fait, il y en a bien un des trois qui m’a rappelé que je n’étais pas rien. Il venait me voir quand ça n’allait pas, il m’a pas mal consolé, et ça nous a aidé à devenir plus proches ensuite. Bon, il n’est pas allé jusqu’à demandé au troisième de changer de comportement, et il n’a jamais dit « À la base tu n’es pas chez toi, Margaux t’a accepté, il faut que tu sois un peu plus respectueux avec elle, parce qu’au départ tu ne faisais pas partie du plan, elle si. » Mais je sais qu’il lui en a parlé. Je sais aussi qu’il s’est plaint de mon manque de gaité. Mais ça reste le seul ami que j’avais entre ces murs. J’avais aussi la chance d’avoir pour voisines de palier des copines de fac (qui sont devenues mes colocs aujourd’hui) que je pouvais aller voir pour décompresser. Et quand je voulais vraiment partir le plus loin possible de cette ambiance pesante, j’avais deux super collègues à 5 minutes (oui, c’était le plus loin possible) de chez moi qui sont des pros pour changer les idées. Et je suis même, quelques mois avant la fin, tombée amoureuse d’un homme formidable qui m’a apporté un soutien incroyable. Je n’étais donc pas seule malgré tout, et ça m’a vraiment aidé à tenir. Sur le coup, je niais même la gravité de la situation. Oui, je n’allais pas très bien, et oui, j’avais souvent envie de partir. Mais ça allait finir par s’arranger, et puis je les aimait bien, quand même. Pourtant, tout le monde autour de moi me criait de fuir cet enfer. Mais je refusais d’écouter.

Au final, nous ne sommes restés que neuf mois dans l’appartement. Je pense que chacun d’entre nous a mal vécu cette colocation. Et il y a quatre versions différentes de cette histoire, je n’ai donné que la mienne.

Au bout du compte, j’ai perdu mon meilleur ami qui n’a jamais agis comme tel pendant ces 9 mois, et j’ai appris que tout le monde n’était pas forcément bon. Il existe des personnes nocives et toxiques, c’est important d’en avoir conscience, sans devenir trop méfiant pour autant. La preuve, aujourd’hui je vis avec mes deux anciennes voisines/copines de fac, et c’est la renaissance. Comme quoi, ça ne dépend pas du lien que tu penses avoir avec l’autre. Il suffit d’un engagement et d’une sincérité mutuelle !

 


2 réflexions sur “Ma première colocation ou la pire expérience de ma vie

Laisser un commentaire